« En 1993, j’ai été kidnappé au cœur de Damas, en plein jour »

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Enforced Disappearance

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Pour que la cause des personnes disparues au Liban ne tombe pas dans l'oubli, l'ONG Act for the Disappeared a lancé le projet « Fus'hat amal »*. Dans ce cadre, nous publions une série de témoignages fictifs qu'auraient apportés des Libanais arrachés à leur milieu familial et social. OLJ

1990. Une date qui marque la fin de la guerre libanaise et le retour au calme. Au terme de quinze longues années de conflits, les chefs de guerre et les puissances extérieures se sont mis d'accord pour mettre fin aux combats, tourner la page et tirer un trait sur les atrocités commises. 1993. Cette année marque le début de la reconstruction. La vie semble reprendre son cours. Pourtant, malgré tous les efforts mis en œuvre pour taire la souffrance des victimes, les cris de désespoir des familles de disparus continuent à résonner. Cette même année, je me rends à Damas avec mon frère Pierre, pour visiter des membres de notre famille. En route, nous sommes arrêtés par des agents du régime. Ils forcent mon frère à descendre du véhicule. J'y suis resté. En l'espace d'un instant, je suis kidnappé au cœur de Damas, en plein jour. Je suis ensuite mené à 30 km au nord de la ville, dans la prison de Sadnaya, tristement célèbre pour ses mauvais traitements. Je n'en suis plus ressorti. 11 avril 2005. Les familles des disparus entament un sit-in pour attirer l'attention sur le drame des détenus en Syrie. Ma mère rejoint ces dizaines de femmes qui se réunissent au début tous les jours, puis chaque semaine, pour réclamer la libération de leurs proches. Contrairement à leurs attentes, le départ de l'armée syrienne ne mettra pas fin à leur calvaire. La tente qui avait été érigée sur les lieux du sit-in fait désormais partie du paysage du centre-ville et ne fait plus l'objet d'aucune attention. 2017. La tente est toujours là, mais elle est vide. Les femmes qui ont tenu le sit-in pendant douze années ont vieilli. Privées de celui (en référence à Ghazi Aad, porte-parole de Solide, décédé le 16 novembre 2016) qui les avait soutenues toutes ces années, sans relâche, elles n'ont plus la force de continuer. Abandonnées à leur sort, elles continuent pourtant à nourrir l'espoir d'être entendues. Ma mère passe la majeure partie de son temps à la maison. Elle veille à ce que ma chambre reste dans le même état que le jour où je suis parti. Elle ne cesse de répéter que la pire des souffrances infligées à une mère est celle de savoir que son enfant souffre et d'être impuissante à l'aider. Mon nom est Dani Mansourati. Ne laissez pas mon histoire s'interrompre ici.

* « Fus'hat amal » est une plateforme numérique qui rassemble les histoires des personnes disparues au Liban. Le projet est financé par le Comité international de la Croix-Rouge, l'Union européenne, le National Endowment for Democracy et la Fondation Robert Bosch. Des histoires d'autres personnes ayant disparu durant la guerre sont disponibles sur le site Web de Fus'hat amal à l'adresse:www.fushatamal.org Si vous êtes un proche d'une personne disparue, vous pouvez partager son histoire sur le site du projet ou contacter Act for the Disappeared aux 01/443104, 76/933306.

Tous les témoignages dans notre dossier Disparus de la guerre civile : S'ils pouvaient témoigner...

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