Au Parlement, un texte qui criminalise le mariage des mineurs

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Une campagne publicitaire a été lancée par les Forces libanaises pour soutenir la proposition d’Élie Keyrouz. « Ne la cueille pas avant qu’elle soit mûre. Oui à une loi qui protège les enfants contre le mariage précoce », peut-on lire. Prenant le contre-pied de Hassan Nasrallah, le député Élie Keyrouz réclame de porter l'âge minimum à 18 ans.

Le débat sur le mariage des mineurs au Liban se fait pressant dernièrement en raison de l'explosion des chiffres, due à l'afflux de réfugiés syriens. Une situation qui a poussé le Parlement à organiser, il y a une semaine, un atelier de travail sur la question, avant qu'un député de Becharré, Élie Keyrouz (Forces libanaises), ne présente hier une proposition de loi prohibant les mariages précoces. « L'âge minimal du mariage doit être fixé à 18 ans révolus pour les hommes et les femmes sur l'ensemble du territoire libanais », stipule la proposition de loi de M. Keyrouz. Le texte prévoit une amende de 10 fois le salaire minimum (soit 6 500 000 L.L.) et une peine d'emprisonnement pouvant aller de 6 mois à 3 ans pour « toute personne qui célèbre, autorise, incite, interfère ou participe au mariage d'un enfant ». « Nous avons entendu l'avis du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, sur la question du mariage des mineurs, mais cela ne changera pas notre point de vue », affirme Élie Keyrouz à L'OLJ. Dans un discours prononcé le 18 mars à l'occasion de la « Journée de la femme musulmane », Hassan Nasrallah avait mis en garde contre ce qu'il avait décrit comme étant « un projet pour corrompre la société à travers une atteinte à la famille ». « Certains parlent de faire face au mariage précoce. Est-ce qu'ils en savent plus que Dieu sur le sujet ? » s'était demandé le secrétaire général du Hezbollah. Il avait accusé les opposants au mariage des mineurs de « servir Satan », et insisté pour « encourager et faciliter le mariage précoce ». Hassan Nasrallah avait également affirmé qu'il y avait plus de divorce chez les 20, 30 et 40 ans que chez les mineurs mariés. « Le mariage précoce est une atteinte aux droits des femmes et les empêche de vivre une enfance sûre. Il n'est pas acceptable de faire l'expérience de la maternité alors que l'on est encore une enfant, réplique M. Keyrouz. Il s'agit d'un danger pour la famille et la société puisque le mariage ne se rapporte pas uniquement à la capacité de procréer. Il se rapporte à la maturité et à l'âge adulte fixé partout dans le monde à 18 ans. » M. Keyrouz, qui attend de connaître les réactions au Parlement, se rendra bientôt chez le patriarche maronite, Béchara Raï, pour l'informer des détails de ce dossier.

(Pour mémoire : Abolir le mariage des enfants au Liban : le débat est lancé)

Des articles de lois à remettre en cause Maya Ammar, attachée de presse de l'association KAFA, qui milite pour les droits de la femme, révèle qu'une étude de l'Unicef menée en 2016 montre que 6 % des épouses libanaises âgées de 20 à 24 ans ont été mariées avant d'avoir 18 ans, contre 32 % chez les Syriennes réfugiées au Liban du même âge. Une autre étude établie en 2015 par l'Université Saint-Joseph avance le chiffre de 13 % pour les Libanaises et va également au-delà de 30 % pour les Syriennes. Par ailleurs, Mme Ammar précise que ces études ont porté sur des échantillons sélectionnés par régions et non pas par communautés religieuses. Le coordinateur spécial adjoint de l'ONU pour le Liban, Philippe Lazzarini, a pour sa part souligné, lors de l'atelier de travail du Parlement sur les mariages précoces, que « le plus haut pourcentage de filles mariées entre 15 et 19 ans se situe au sein des réfugiés syriens et est de 27 % ». « Vient ensuite la population palestinienne de Syrie, avec 13 % ; enfin, au sein de la population libanaise et des réfugiés palestiniens du Liban, le taux de mariage précoce est de 4 %. » M. Lazzarini avait ajouté que les taux de mariage précoce dépassent de loin la moyenne nationale au Liban-Nord (Tripoli et Akkar) et à Baalbeck, pour atteindre 8 à 10 %. « La proposition de loi d'Élie Keyrouz est jusqu'à présent celle qui correspond le mieux aux revendications et aux standards des associations de la société civile puisqu'elle demande que l'âge minimal pour le mariage soit de 18 ans et qu'il y ait des poursuites judiciaires dans le cas contraire », déclare Maya Ammar à L'OLJ. « Si l'État acceptait que l'âge minimal soit fixé à 18 ans, il pourrait poursuivre tout homme de religion qui célèbre un mariage de mineurs. Cela remettrait également en cause plusieurs articles de lois du code pénal qui devront être modifiés », notamment des articles relatifs aux crimes à caractère sexuel, selon Mme Ammar.

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