Hazem, onze ans, réfugié syrien, est l’homme de la famille

L'Orient le Jour

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À Tripoli, de nombreux enfants, réfugiés syriens, travaillent pour aider leur famille à joindre les deux bouts. Patricia KHODER | OLJ

« Hazem prend le bus tous les matins », dit en français Hazem, sûr de lui. Le garçon, âgé de onze ans, ne fait pas son âge. Tous les après-midi, ce petit réfugié syrien arpente les rues de Tripoli, tentant de vendre des chewing-gums et des biscuits. L'homme de la famille, même s'il est le benjamin, c'est bien lui.

« J'ai trois sœurs. Bien sûr qu'elles ne travaillent pas. Ce sont des filles, et les filles ne doivent pas travailler. J'ai deux frères, l'un est mort en martyr en Syrie, il avait 22 ans. Et un autre, âgé de 14 ans. Il fait souvent des fugues parce qu'il a peur de mon père. Il pense qu'il le frappera s'il rentre à la maison sans argent », raconte Hazem sans jamais reconnaître que son père est un homme violent qui frappe très souvent sa femme et un peu moins ses enfants.

D'ailleurs, il faut du temps pour que Hazem vous fasse confiance, et si vous essayez de lui caresser les cheveux ou le visage, il tourne la tête comme s'il voulait éviter une gifle. « Contrairement aux autres enfants qui aiment autant leurs deux parents, je préfère ma mère à mon père. Elle est plus douce. Pour moi, elle est l'incarnation de la tendresse », dit-il.

Tous les matins, Hazem ne prend pas le bus, mais il va à l'école, à pied. C'est là d'ailleurs où il a appris le français. Originaire d'Alep, le petit garçon est arrivé il y a trois ans au Liban. « Nous nous sommes installés au début dans le Akkar, où nous avons de la famille. J'étais le premier de la classe et j'ai pu suivre le cursus libanais avec les élèves du village. En déménageant à Tripoli, j'ai aussi pu intégrer l'école publique en suivant les horaires de l'avant-midi, avec les élèves libanais. Je suis resté premier de classe, sauf le semestre dernier. J'ai été classé deuxième parce que je n'avais plus le temps d'étudier, tellement je travaillais, raconte-t-il. L'école c'est la plus belle chose qui m'est arrivée. C'est beaucoup mieux que de vendre des affaires dans la rue. J'aurais aimé y passer tout mon temps », s'exclame-t-il. Ses matières préférées ? Le français et les mathématiques. Il rêve de devenir chirurgien-orthopédiste plus tard. Parce que, l'année dernière, alors qu'il vendait ses biscuits, une voiture l'avait renversé et sa maman l'a amené chez l'orthopédiste. Il raconte aussi qu'une fois un homme lui a lancé du mazout. « Ma peau est devenue rêche, des jours durant, comme si je m'étais brûlé », se souvient-il.

Hazem ne s'est pas fait beaucoup d'amis à l'école. « Qui voudrait jouer avec moi ? Je suis un réfugié syrien, et, contrairement à eux, je travaille les après-midi », dit-il. « Quand je suis arrivé d'Alep, je parlais autrement. Aujourd'hui, mon accent est devenu un peu plus doux. Cela ressemble un peu désormais à l'accent libanais », note-t-il.   Il achète ses biscuits et ses chewing-gums au supermarché, les met dans une petite boîte en carton pour les vendre dans la rue. « Je fais entre 10 000 et 15 000 livres par jour. Je les donne à mon père. Il faut que je ramène de l'argent à la maison. Le loyer, à lui seul, coûte 450 000 livres », affirme-t-il, comptant les billets de monnaie qu'on lui donne comme un adulte. « En semaine, je vends mes affaires à Tripoli. Et je dois rentrer à la maison à 19 heures 30. En week-end et lors des vacances scolaires, je vais partout, à Amchit, Byblos, Harissa... Là-bas, les gens donnent plus d'argent », raconte-t-il, précisant que parfois même il arrive jusqu'au rond-point Cola. Il prend le bus à partir de Tripoli et s'en va.

Le jeune garçon devient volubile quand il parle des endroits qu'il a découverts au Liban. Ce qui l'a vraiment fasciné ? La machine qui récupère les bouteilles en plastique et les canettes au Spinneys Dbayé. Durant ses moments libres, Hazem se rend au centre de l'association Aden, qui s'occupe des réfugiés syriens à Tripoli et qui est présidée par Maha Atass, psychologue. Hazem, qui aime passer son temps à dessiner quand il vient à Aden, raconte ses déboires à Maha. Ces derniers temps, quand il se rend à Amchit, des adolescents le suivent. Il ignore ce qu'ils lui veulent... C'est une raison pour lui de ne plus aller dans cette ville côtière du Mont-Liban.

Le jeune garçon s'est fait un seul ami dans la rue. « J'ai oublié son nom. Il est lui aussi syrien. Il vend des douceurs arabes, nous restons ensemble quand on se voit. On ne se parle pas trop. Nous nous tenons juste compagnie », explique-t-il. Parfois, en effet, surtout quand on est triste, il vaut mieux rester avec des gens qui comprennent sans qu'on leur parle vraiment.

 

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