L’aide alimentaire aux réfugiés, une manne pour les commerçants libanais

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Non Palestinian refugees and Migrants

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Un programme onusien lancé en 2012 permet à 750 000 réfugiés syriens de dépenser 27 dollars par mois dans des commerces agréés. Un complément bienvenu pour leurs gérants en période de crise. Dans une supérette de Noueiri (Beyrouth), une jeune femme sort sa carte de débit bleue Mastercard, paie ses emplettes, puis signe un reçu. L'opération semble banale, mais cette réfugiée syrienne est détentrice d'une carte de crédit particulière. Tous les 5 du mois, le Programme alimentaire mondial (PAM), un organisme des Nations unies, y verse automatiquement 27 dollars que les bénéficiaires peuvent consacrer uniquement à l'achat de nourriture dans une des centaines de magasins agréés à travers le pays. Parmi le million de réfugiés répertoriés en 2014 par le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) au Liban, seuls ceux considérés comme les plus vulnérables – soit 750 000 – sont éligibles à ce programme. L'enregistrement des réfugiés par le HCR a été suspendu en mai 2015 sur demande du gouvernement. Chaque année, le PAM vérifie que les détenteurs de ces cartes, valides cinq ans, restent admissibles au programme. Cette aide vise tout d'abord à soulager les réfugiés, mais les commerçants en récoltent également les fruits, comme en témoignent les propriétaires du magasin de Noueiri, Alban wa ajban al-Sheikh. « Vu les circonstances économiques difficiles aujourd'hui, ce programme nous aide énormément », confie l'un des gérants du magasin, Mohammad al-Sheikh. Depuis qu'il a adhéré au programme en 2013, un an après son lancement, l'activité de son commerce a augmenté de moitié, et trois nouveaux employés ont rejoint son équipe de 10 personnes. La carte de crédit du PAM est utilisée par environ un tiers de sa clientèle et représente plus de la moitié des revenus annuels de Alban wa ajban al-Sheikh. « Avec 27 dollars par mois, les réfugiés dépensent en moyenne davantage que ma clientèle libanaise », s'enthousiasme Mohammad al-Sheikh. Une fréquentation bienvenue compte tenu de la conjoncture difficile. Cela fait plusieurs années que l'activité commerciale de détail est en déclin, comme le confirme l'indice de l'Association des commerçants de Beyrouth (ACB) et de la Fransabank (-2,38 % au troisième trimestre 2016). Dépendance croissante Comme Mohammad al-Sheikh, Omar, qui préfère ne pas donner son nom de famille, est aussi devenu dépendant des dépenses des réfugiés syriens détenteurs de cette carte dans sa supérette Fresh Market, situé à Sakiet el-Janzir (Beyrouth). « Sans ce programme, je pense que mon magasin serait fermé aujourd'hui », affirme-t-il. Cherchant un moyen d'augmenter ses ventes, il a rejoint le programme d'aide alimentaire du PAM en mars 2014, deux ans après l'ouverture de son supermarché. Avant de valider sa participation, plusieurs employés de l'organisme ont visité son magasin à de nombreuses reprises, se rappelle Omar. Car les commerces sélectionnés doivent répondre à plusieurs critères. Tout d'abord, posséder un système de vente électronique compatible avec la carte de crédit, qui coûte plusieurs centaines de dollars d'après le commerçant. Ce système enregistre également les achats des réfugiés que le PAM répertorie tous les mois. La viande en conserve, les nouilles instantanées et les œufs font partie des produits les plus demandés.
« Le propriétaire de la supérette doit aussi clairement étiqueter ses produits, respecter des normes d'hygiène minimum, garantir l'offre d'une variété de produits, proposer de la viande congelée et des fruits frais, avoir un générateur et un espace d'entreposage », précise Edward Johnson, responsable communication du PAM au Liban. Afin d'éviter les vols de carte, l'identité des utilisateurs est vérifiée à chaque achat. Le PAM inspecte également les magasins tous les mois afin que les commerçants ne gonflent pas artificiellement leurs prix. Grâce au bouche-à-oreille, la popularité de ce programme grandit tous les ans. Le PAM affirme avoir reçu deux fois plus de candidatures qu'il n'y avait de places cette année. Depuis le début du programme, le nombre de participants a plus que doublé, passant de 250 magasins en 2012 à 494 en 2016. Une notoriété dont se plaindrait presque Omar. « Aujourd'hui, de nombreux magasins dans mon quartier prennent part au programme, dont des gros supermarchés, ce qui veut dire que j'ai moins de clients. » Depuis octobre, les chaînes de supermarchés The Sultan Center (TSC), Shopper's et COOP coopèrent avec le PAM, et proposent un rabais aux réfugiés de 7 %. « Nous menons actuellement une étude pour savoir si ces rabais ne pénalisent pas les commerçants locaux qui aident les réfugiés », note Edward Johnson. La COOP, qui dispose de 37 branches dans le pays, remarque déjà une hausse de la fréquentation de sa clientèle. Mohammad el-Saleh, gestionnaire régional, estime que cette hausse atteint 7 à 10 %, et varie en fonction de la localisation du magasin. Programme pour les Libanais pauvres
Le PAM n'a pas effectué d'étude d'impact économique récente sur ce programme d'aide alimentaire. La dernière date de 2014 et indique qu'il avait contribué à créer 1 300 emplois en deux ans et généré 3,6 millions de dollars en investissements. « Pour chaque dollar dépensé (dans le cadre de ce programme), 1,50 dollar est injecté dans l'économie », notait le rapport. Au total, le PAM a versé 800 millions de dollars dans le cadre de ce programme, lancé en 2012 via des bons en papier. Trop faciles à frauder, ils ont été remplacés en 2013 par des cartes bancaires. Depuis octobre, ces dernières ne sont plus spécifiques au PAM. Opérée par Mastercard à travers la Banque libano-française, elles sont devenues des « cartes communes » sur lesquelles sont versées les aides du HCR, du PAM, du Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef) et du Lebanese Cash Consortium (LCC), qui regroupe six ONG internationales. Les commerçants sont également éligibles pour participer à un programme d'aide alimentaire similaire à destination des Libanais les plus pauvres géré par le ministère des Affaires sociales. Financé entièrement par le PAM depuis août grâce à 10 millions de dollars de dons accordés mi-2016 par l'Allemagne, il cible 52 000 personnes qui reçoivent également 27 dollars chaque mois sur une carte de débit opérée par Mastercard. Le ministère des Affaires sociales n'a pas mesuré les retombées de cette aide alimentaire sur les commerçants. « Il est difficile de mesurer l'impact économique global de ce programme. Ce n'est d'ailleurs pas son but principal. Il s'agit plutôt de sortir les bénéficiaires de la pauvreté et de la dépendance », souligne Wadih Tuéni, directeur du programme national de ciblage de la pauvreté au ministère.

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