Réfugiés syriens le risque de l’effet boomerang

L'Orient le Jour

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Non Palestinian refugees and Migrants

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On n'aura même pas attendu les résultats de l'enquête après la série infernale des attentats qui ont endeuillé la localité de Qaa pour réclamer illico le départ des réfugiés syriens du Liban. Mieux encore, pour infliger une sanction aux plus vulnérables parmi la population des déplacés, sous ses formes les plus abjectes.

Mardi soir, une dizaine de déplacés syriens résidant à Hrajel en ont payé le prix en purgeant la peine en lieu et place des vrais criminels. Interpellés par une quinzaine de jeunes Libanais venus à bord de leurs véhicules, plusieurs réfugiés ont été tabassés avec des bâtons et des barres de fer, la police municipale n'ayant pas levé le petit doigt, selon le témoignage de l'une des victimes. L'incident aurait eu lieu suite au refus de l'un des réfugiés de présenter ses papiers d'identité à la police locale, affirme la municipalité.

L'amalgame fait, une fois de plus, entre ces déplacés et des jihadistes assoiffés de sang prélude sans aucun doute à un effet boomerang dangereux pour l'ensemble du pays. Une chose est certaine : le scénario xénophobe est de retour. Il rappelle tristement les réactions incontrôlées survenues au lendemain des affrontements entre l'armée libanaise et des éléments jihadistes à Ersal, entraînant des conséquences lourdes aussi bien pour les déplacés que pour les Libanais eux-mêmes, dans un village pourtant réputé pour sa sympathie à l'égard de l'opposition syrienne et des réfugiés en général.

Certes, la réaction de « ras-le-bol » exprimée n'est pas spécifique au Liban – c'est avec la même haine et une dose équivalente de chauvinisme qu'ont réagi certains Turcs (au lendemain de l'attentat à l'aéroport Atatürk d'Istanbul), Jordaniens et, avant eux, des Bruxellois lorsque leur pays avait également été la cible d'attentats terroristes. Les Libanais ne sont pas mieux placés, sauf que leur pays, déjà fragilisé et éreinté par une guerre civile à visage confessionnel depuis plusieurs années, ne peut pas se permettre ce luxe de réveiller des vieux démons... qui ne sont qu'à moitié endormis.     Souveraineté et humanisme Même si la solution à ce dossier complexe n'est pas des plus simples, il n'en reste pas moins que la xénophobie, le rejet de l'autre et la haine n'ont jamais été la réponse. Si l'on peut comprendre, sans pour autant légitimer la tension ascendante et les craintes qui caractérisent depuis un certain temps les relations entre Libanais et Syriens, notamment à cause du nombre « pesant » des déplacés – presque la moitié de la population – et ses conséquences démographiques et socio-économiques, on ne peut toutefois s'empêcher de pointer du doigt les responsabilités en cause et les multiples échecs à apporter des solutions constructives.

Échec de la classe politique d'abord, qui n'a jamais réussi à s'entendre et unifier les voix autour de ce dossier, préférant recourir aux surenchères dans l'un ou l'autre sens, jusqu'à aller aux extrêmes, dans des objectifs de récupération éminemment politique.

À l'absence d'une vision globale s'est substituée une schizophrénie consistant soit à diaboliser le réfugié, soit à sacraliser son statut jusqu'à aboutir aux pires des abus. Or, face à la difficile tâche de « concilier entre souveraineté et humanisme », comme dit l'activiste des droits de l'homme Jean-Pierre Katrib, c'est le concept d'une action éclairée, dictée par la volonté politique qui devrait primer.     Droits et devoirs Celle-ci commence par la reconnaissance de la nécessité, pour toutes les parties concernées, d'exercer leurs droits en assumant leurs devoirs respectifs. Les devoirs des réfugiés d'abord de respecter les lois du pays d'accueil et de se soumettre aux requis administratifs pour régulariser leur situation. Or, avec toute la bonne volonté du monde, certains d'entre eux ont été contraints à se retrouver dans l'illégalité, ne pouvant plus payer le prix (200 dollars par personne) des permis de séjour. Un cercle vicieux, qui, malheureusement, nourrit les suspicions des forces de l'ordre sur leur statut réel et crée la confusion en temps de crise. Leurs droits ensuite de bénéficier des services de base, notamment en matière de santé, d'éducation et d'alimentation, une tâche que le Liban ne peut assumer à lui seul, cela va sans dire, mais que le Liban officiel peut toutefois mieux organiser, en essayant de trouver un juste équilibre entre la vulnérabilité des déplacés et la pauvreté des Libanais eux-mêmes (à laquelle les gouvernements successifs – noyés dans des scandales de la corruption – n'ont jamais trouvé un remède à ce jour). D'où cette tension ascendante entre les deux parties.

Il va sans dire que le citoyen libanais lambda a fini par faire du réfugié son bouc émissaire, en retournant – cas classique – sa frustration et son propre désespoir contre le maillon faible de la chaîne.

Les civils parmi les réfugiés ont par ailleurs beau essayer de montrer patte blanche, ils finissent souvent par payer le prix d'une politique sécuritaire nationale aux failles multiples. Car si les camps dits informels (où vivent près de 30 % des réfugiés) sont désormais plus ou moins contrôlés, ce sont les « autres lieux de résidence » qui posent problème, l'État et les forces de sécurité n'ayant pas les moyens de collecter les informations suffisantes sur leurs locataires et leur nombre exact.

Par ailleurs, les camps se trouvant en périphérie ou dans des zones dites de non-droit, comme à Ersal et dans les Macharih el-Qaa, posent également problème puisqu'ils échappent au contrôle direct ou même indirect de l'État.     Récupération religieuse Les municipalités sont ainsi appelées à jouer un rôle plus actif pour mettre en place un système de recensement, de police de proximité (une tâche que certaines d'entre elles ont déjà entamée), mais aussi de services et de prestations rendus aux déplacés, de sorte à mieux organiser la vie à l'intérieur des villages et des communautés locales, toujours sur la base du concept des droits et des devoirs respectifs. « La sécurité sociale et économique, et le droit des réfugiés mais aussi des communautés hôtes à une vie digne sont tout aussi importants que la sécurité stricto sensu », assurent les ONG locales qui interviennent auprès des réfugiés. Et de mettre en garde contre deux dangers qui pointent à l'horizon : la recrudescence de la violence parmi la population des réfugiés, notamment les conflits entre différentes tribus, et les tentatives de récupération religieuse en contrepartie d'aides alimentaires ou autres.

On le sait désormais : certains camps se trouvant à la périphérie échappent totalement au contrôle des ONG neutres et sont livrés corps et âme à des ONG religieuses. À ne pas oublier enfin le rôle des membres de la communauté internationale appelés à assumer leur (grande) part de responsabilité et faire preuve de plus de créativité. À leur tête, l'Onu, une organisation budgétivore à l'efficacité souvent limitée, et dont la prise de décision continue de s'enliser dans les dédales d'une politique des plus confuses en matière de réfugiés.

 

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